III. L’anticipation comme outil de critique


Une critique politique

L’anticipation est un moyen particulier pour critiquer et prévenir des dangers futurs, c’est le cas pour la politique ici. La politique est polysémique : parmi ses nombreux sens un seul va nous intéresser, la politique, dite également Politikè, la politique est le terme qui désigne la pratique du pouvoir. « 1984 » est notamment un exemple concret ainsi que « Le meilleur des mondes » qui traite cette vision également. Dans ces deux livres plus particulièrement nous avons la référence de monde totalitaire.

« 1984«  est un roman politique dirigé contre les régimes communistes naissants au début des années 50 : ici, Orwell dénonce une société totalitaire absolue et la réalisation la plus extrême qu’on puisse imaginer d’un gouvernement moderne. Le titre du roman indique qu’Orwell s’imagine sûrement que ce qu’il s’imagine pourrait malheureusement être une prédiction de l’avenir et qu’il voulait donc « ancrer » cette date dans l’histoire. Ici, la technique employée est symbole de la domination politique, notamment au service de la manipulation psychologique ; en plus de la manipulation psychologique, le Parti exerce un contrôle physique de la population : un simple tic facial peut provoquer une arrestation.

 Les individus effectuent tous un travail épuisant pour maintenir la population dans un état de fatigue extrême,

Image tirée du film « 1984 » de Michael Radford.

ce qui accroît leur niveau d’obéissance. La torture est également une pratique généralisée, signe que le corps appartient à l’Etat. L’histoire, de même, est contrôlée puisque le Parti réécrit les archives

Orwell fait dans ce roman la description d’un régime qui manipule l’histoire et la réécrit sans cesse. Il s’agit ici d’une société qui est en guerre permanente avec d’autres grands blocs géopolitiques pour des raisons économiques structurelles ; elle repose sur une société presque féodale, idéaliste, utopiste, divisée en clans, qui élimine toute opposition, qui manipule le réel jusque dans le langage et qui ose pratiquer la torture comme jamais mais ce n’est pas non plus une critique du capitalisme, c’est presque une éloge/apologie de celui-ci.  Au début du roman on peut penser à une société presque socialiste puis, lorsque les éléments s’accumulent, on comprend rapidement que nous sommes dans une société totalitaire voire communiste. Nous pouvons remarquer que Orwell, de façon consciente ou inconsciente, a représenté « Big Brother » d’une manière qui fait penser au visage de Staline de cette époque.

Winston est un personnage très intelligent qui comprend facilement le principe et le but du Parti mais comment s’y opposer et se rebeller face à tout ces télécrans ? La rébellion est en effet considérée comme une maladie dont il faut guérir ceux qui en souffrent en les faisant souffrir. Il y en a cependant un qui osera s’opposer, un juif ressemblant étrangement à Trotsky dans le film, et qui se fera attraper et qui sera haît publiquement chaque jour pendant « les deux minutes de la haine ».  Mais cet opposant reste très secret  : on ne décrit jamais son physique, on doute même de son existence. Peut être que le Parti l’aurait créé afin de « montrer le droit chemin » aux autres individus.

1984 est donc un roman dont la teneur philosophique est évidente : ses thèmes (subjectivité, politique, rapport public/privé, médias, …) sont traités de manière à faire réfléchir l’Américain de 1949 sur les dangers et les potentialités de régimes aux dérives totalitaires. Il s’agit d’un ouvrage résolument politique qui pourrait trouver sa place dans une bibliothèque aux côtés de Arendt, Popper et Klemperer.


S’il vivait encore de nos jours, Aldous Huxley constaterait sûrement ô combien son anticipation d’un “Meilleur des mondes” est aujourd’hui complètement dépassée.

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. » -Aldous Huxley

Un état totalitaire est un état où tout est contrôlé par le gouvernement. Quand Huxley a écrit son livre, c’était le cas de la Russie et l’on sent d’où vient son inspiration car le nom de certains personnages ressemble à celui de personnages historiques : Bernard Marx pour Karl Marx, créateur du matérialisme et grand révolutionnaire ou encore Lenina pour Lénine. Dans ce roman, tout est contrôlé par les administrateurs et rien ne se fait sans leur accord. Ils vérifient également chaque livre ou film, comme dans toute dictature.

Alors qu’aujourd’hui les personnes dites « dangereuses pour la société » sont mises en prison ou exécutées, dans le roman l’état a trouvé une méthode plus « douce ». Les personnes dérangeantes sont envoyées sur des îles où elles seraient alors « libres » mais coupées de relations, de nourriture… C’est le cas de Bernard qui, au fil du livre, est de plus en plus dangereux par son comportement individualiste qui ressemble à celui d’aujourd’hui. Lors de l’entretien entre Mustapha Menier, Bernard Marx et Helmholtz, on apprend que les administrateurs sont conscients de leur dictature et qu’ils préféreraient qu’il en soit autrement, mais la liberté est sacrifiée pour « le bien de la société ». Ainsi Huxley montre le machiavélisme (système politique de Machiavel, politique déloyale) pragmatique des dirigeants qui conduit à la pire des dictatures, celle qui asservit les peuples avec leur contentement comme consentement : un totalitarisme « doux ».18096[1].jpg

 

Une critique de la société

Dans Paris au XXème siècle, la société est critiquée et les personnages sont ironiques : ils représentent chacun un personnage type comme Michel qui a l’âme d’un artiste ou Stanislas qui représente parfaitement la société inventée par Verne. Comme dans 1984, le personnage principal est en rupture avec la société qui est considérée comme aliénée, dénaturée par le profit dans l’œuvre de Verne et celle d’Orwell. Cependant, à travers cette société « imaginée », Verne critique ouvertement sa société : il dénonce le progrès qui mène à l’aliénation puisque Verne écrit durant la période historique que l’on nommera Révolution industrielle, Verne pense que la société est trop basée sur le progrès et qu’elle mènera à notre perte : dans son livre, les machines remplacent certains métiers comme celui de juge, de policiers… Les machines en plus d’arrêter les criminels jugent et condamnent ces derniers. La société est également basée sur le profit et la plupart des professions concernent ce domaine. Tout les arts tournent d’ailleurs autour du progrès et de la technologie comme la littérature, la musique… A travers ces critiques d’une société entièrement inventée, Verne en profite pour critiquer des musiciens ou peintre de son époque, il critiquera par exemple les musiciens Verdi et Wagner.

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