Marcel Proust disait: « L’avenir est ce qui n’existe que dans notre pensée ».

L’anticipation est un terme pour désigner l’évocation d’une situation future. Il s’agit d’un genre littéraire associé très souvent à la Science-Fiction.  À la fois littéraire et cinématographique, la science-fiction vise le divertissement d’un auditoire relativement large. Une œuvre d’anticipation décrit un monde tel qu’il pourrait être dans un futur proche ou lointain. Le genre abonde dans les représentations liées à des sociétés humaines prophétisées par les auteurs comme autant d’utopie et de dystopie pouvant asservir l’Humanité. Ces notions seront évoquées par la suite. Le roman d’anticipation naît de la rencontre entre les traditions du voyage imaginaire, de l’utopie et des romans d’aventure. Le roman d’anticipation a plusieurs buts, mais ceux-ci diffèrent en fonction de l’écrivain. Nous prendrons trois exemples de romans et chacun d’entre eux dénoncera soit la société future, soit le régime politique dans lequel l’écrivain vit ou même la technologie.

Nous allons nous interroger sur ce qu’était la littérature de l’avenir du XIXème siècle au début du XXème siècle.

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I.  Une anticipation technologique

L’anticipation technologique au sein de la Terre nous permet la plupart du temps d’innover et de redécouvrir de nouvelles choses. Plusieurs personnes sont principalement symboliques de cette forme de nouveauté ; nous avons l’exemple notamment de Léonard de Vinci, célèbre peintre né en 1452 et mort en 1519, connu pour son esprit universel. Il a durant sa vie réalisé de très célèbres œuvres comme « La Joconde », « La Cène » et « Homme Vitruve ». Par la suite nous allons nous intéresser plus précisément à trois écrivains, Jules Verne, Aldous Huxley et également Georges Orwell, lesquels ont redécouvert, chacun, un nouveau monde propre à leur pensée personnelle.

1- Une vision pessimiste

L’anticipation technologique est souvent perçue négativement par les écrivains d’anticipation. Nous allons prendre le cas de Huxley qui fait de la technologie un danger pour l’espèce humaine ou encore, Orwell, qui fait de la technologie un moyen d’espionnage et de sécurité. Le cas de Jules Verne est différent : il fait de la technologie un moyen de profit et d’adoration.

 

Jules Gabriel Verne est né à Nantes en 1828 et est mort à Amiens en 1905. Il était passionné de voyages et ce thème sera très présent dans ses œuvres. Il fit ses études à Paris. Jules Verne est l’un des grands écrivain français du XIXème siècle grâce au roman « Voyages extraordinaires« . Ce recueil contient ses plus célèbres romans tel que « Vingt Mille lieues sous les mers » ou encore « Voyage au centre de la Terre ». Ses romans réunissent le fantastique, l’aventure et l’anticipation. L’œuvre étudiée est l’un de ses « romans de jeunesse »: « Paris au XX ème siècle » qui a été écrit vers 1860 mais publié un siècle après sa mort en 1994.

Jules Verne, dans son œuvre « Paris au XXème siècle« , annonce une évolution de la société et technologique. Verne contrairement à Orwell ou Huxley, ne parle pas de politique dans son roman : il ne fait allusion qu’une ou deux fois au régime politique. Dans ce livre, Jules Verne a un regard assez pessimiste de l’avenir : pour lui, le progrès ne peut avancer avec les langues (français, latin et grec) et la littérature : elle sont même complétement abandonnées au profit des mathématiques et de l’anglais. Ce pessimisme est également présent dans l’évolution de la société : dans son roman, la société n’a qu’un but :  s’enrichir. Pour démontrer nos propos, nous pouvons prendre pour exemple le  personnage principal du roman, Michel, qui est un lauréat d’un prix de poésie latine. Lors de la remise de son prix, les élèves présents se moquent de lui ; ce passage nous  montre le mépris des langues antiques et de la littérature.

« La belle langue française est perdue »  Jules Verne

          2- Le progrès comme moyen d’aliénation

Les progrès technologiques se réfèrent très souvent à l’aliénation, du mot latin « alienus » qui signifie « étranger » ou « autre ». L’aliénation est un terme souvent utilisé en philosophie afin d’exprimer une perte de la maîtrise de soi et qui va s’étendre à toute la gente humaine. Certains écrivains ou autres artistes ont étudié l’aliénation dans leurs œuvres à la suite des événements historiques, économiques ou sociaux qui ont marqué l’histoire du monde entier. C’est le cas pour deux auteurs que nous avons particulièrement étudié, Aldous Leonard Huxley avec son livre « Le meilleur des mondes» et George Orwell avec « 1984 ». Dans ceux-ci la vision du monde est généralisée au sein d’une population entière, ce qui rend un monde péjoratif et une suppression de l’individualité de l’humain.


Aldous Leonard HUXLEY est né en 1894 au Royaume-Uni et mort en 1963 au Etats-Unis. Il s’agit d’un écrivain  britannique qui est connu comme romancier et essayiste du grand public grâce à son roman « Le Meilleur des mondes » écrit en 1931 et publié en 1932. Dans la plupart de ses œuvres écrites, un premier thème se fait ressentir à chaque reprise, plus particulièrement une critique des usages, des normes sociales et des idéaux puis le progrès scientifique qui semble être négatif pour l’humanité,  thème qui est sans doute dû à son enfance. A l’âge de 16 ans environ, il est devenu pratiquement aveugle et s’est battu contre ce handicap le reste de sa vie. Huxley s’intéresse notamment d’abord à la défense de l’humanisme puis il va s’intéresser petit à petit aux questions spirituelles et plus précisément à la parapsychologie et à la philosophie mystique tout en s’intéressant à la biologie et à la médecine. Vers la fin de ses jours, cet écrivain était considéré comme l’une des personnes les plus importantes de la pensée contemporaine ; le courant de pensée  « New Age » est mis en référence à ses œuvres.

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Affiche de la mise en scène de « La tempête » à Drury Lane (1757)

 

« Le meilleur des Mondes »  traduit de l’œuvre orignale anglaise « Brave new world »  a été écrit par Aldous Huxley, qui s’est inspiré de la tragicomédie de Shakespeare, La Tempête (acte 5, scène 1). Cette pièce de théâtre datant de 1600-1611,  s’articule autour du pouvoir et de la liberté et  aborde la noirceur de la nature humaine autant « primitive » que « civilisée ».

 

Huxley, en intitulant son œuvre « Le meilleur des Mondes », utilise une formule ironique avec l’emploi d’une figure de style qui est l’antiphrase. L’évocation d’une société future qui paraîtrait meilleure, n’est en réalité admirable qu’en apparence.  Un «nouveau monde» qui est réellement atroce et terrifiant tel la pièce de théâtre de Shakespeare. « Le meilleur des mondes » doit donc s’entendre en contresens: il s’agit plutôt du pire des mondes.

Dans ce livre, Huxley prédit une dictature épouvantable et un monde de l’enfer. Bien qu’il ne s’agisse que d’un univers fictif, il serait sans doute, d’après l’auteur, une simple réalité de ce qui les attend par la suite. Tout en dénonçant le militarisme et les idéologies totalitaires, il évoque un monde qui, par une trop grande organisation contrôlée donnerait fin à l’individualité de l’homme.

Aldous Huxley, dans le livre  » Le meilleur des Mondes » disait: « Qu’est-ce que j’éprouverais si je le  pouvais, si j’étais libre, si je n’étais pas asservi par mon conditionnement ? »

Dans ce roman l’écrivain imagine un monde où il y aurait un certain nombre de dispositifs technologiques qui enlèveraient définitivement la liberté. Tout ceci serait provoqué par une simple force impersonnelle, la surpopulation. D’après les chiffres, il y aurait beaucoup trop de naissances pour le nombre de morts en peu de temps. C’est pour cela que par la suite il serait sans doute prévu, d’après l’auteur, un grand système d’aliénation qui notamment pourrait engendrer de nouveaux individus conçus dans de médiocres éprouvettes. Cette nouvelle technologie mènerait à un changement chez les êtres humains, par exemple les personnes n’auraient pas de ressenti. Ces personnes seraient contrôlées jusqu’à la fin de leurs jours par des dispositifs très spécifiques. Prenons cet exemple: des enfants qui seraient testés et manipulés lorsqu’ils sentiraient une innocente rose: un bruit épouvantable retentirait alors  et les dégoûteront de cette odeur merveilleuse. Voici un exemple parmi tant d’autres.  Ainsi ces personnes non seulement par des tests mais aussi par des catégories sont aliénées. Il y a différentes catégories:

  • Ceux de la classe supérieurs:
    • Les Alphas sont vêtus de gris, ils sont principalement les dirigeant, étant beaux, grands, intelligents.
    • Les Bêta sont vêtus de rose, ils sont essentiellement des travailleurs intelligents
  • Ceux de la classe inférieures :
    • Les Gamma sont vêtus de vert, il constituent la classe moyenne voire populaire.
    • Les Delta sont vêtus de kaki, ils appartiennent à la classe la plus basses, étant petits et laids.
    • les Epsilon sont vêtus de noir, ils sont faits pour occuper les fonctions manuelles assez simples.

Enfin dans cet ouvrage particulier, différentes techniques donnant fin à une personnalité propre à chaque individu sont évoquées. Ainsi la présence d’une aliénation négative a lieu face au monde entier d’après Huxley.


 

 

Georges Orwell (1903-1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair (il choisit le pseudonyme d’Orwell en référence à une rivière qu’il affectionne particulièrement) est un écrivain anglais, engagé, au tempérament d’aventurier du XXème siècle. En 1934, il travaille sur la condition des mineurs du Nord et se « convertit » au socialisme. Son œuvre porte la marque de ses engagements, et la plupart sont sources de son expérience.

« J’ai toujours eu beaucoup de culpabilité par rapport à ma position sociale, et j’ai essayé de me déclasser de moi-même pour me débarrasser de ma position sociale dans la société anglaise. »- Georges Orwell

Il est contre l’impérialisme britannique et contre les « totalitarismes » nazis, et soviétiques.

Témoin de son époque, Orwell est, dans les années 1930 et 1940, chroniqueur, critique littéraire et romancier. Ses deux œuvres les plus connues sont deux romans publiés après la Seconde Guerre mondiale : « La Ferme des animaux«  et surtout « 1984« , roman dans lequel il créé le concept de Big Brother.

Résumé:

L’histoire se passe à Londres en 1984. Le monde est divisé en trois grandes ères géopolitiques en guerre : l’Eurasia, l’Océanie et l’Estasia, toutes trois totalitaires, dirigées par des partis communistes qui se voulaient au départ être des agents de libération du prolétariat. Le personnage principal, Winston Smith, travaille au Ministère de la Vérité où il révise l’histoire pour la rendre adéquate à la version du Parti. Smith est donc un personnage lucide sur les manipulations opérées par le Parti, mais il dissimule ses opinions. Smith décrit la société qui l’entoure : la délation généralisée, la négation du sexe et de toute sensualité, la police de la pensée et de la langue, et surtout la surveillance de Big Brother, un système de caméras qui réduit l’individu à néant et l’isole. Mais la rencontre avec une jeune femme, Julia, le pousse à enfreindre les règles du parti : ils font l’amour et rêvent à un soulèvement de la population. Trahis par un de leurs « amis » (O’ Brien), ils sont arrêtés, torturés et rééduqués. La victoire du Parti sur Smith est totale puisqu’il reniera Julia à la fin.

« 1984«  est un roman de référence du roman d’anticipation et de la dystopie, le titre aurait du être 1948, mais l’éditeur a refusé et a donc inversé les deux derniers chiffres. C’est une œuvre de science-fiction ; ce livre s’impose aussi comme témoignage sur le XXème siècle car, au travers de la figure inquiétante de Big Brother devenu le symbole de l’oppression, le roman dénonce la tyrannie des grands systèmes politiques qui ont marqué l’Histoire contemporaine. Orwell traduit son inquiétude face à l’évolution du monde dans lequel il vit et face à la politique totalitaire.

 La plus grande part du travail de novlangue (langue choisie par Orwell dans le roman, le principe de ce langage est très simple: plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir ; plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir). Dans 1984, ce langage consiste donc à supprimer des mots et donc des idées, de mauvaises idées, des idées nocives du point de vue du Parti.

Dans ce roman les individus sont constamment surveillés grâce à la présence d’écrans (télécrans) qui permettent au Parti d’avoir un contrôle quasi constant sur la population. Lors des rassemblements entres les membres du parti, il y a  » les 2 minutes de haine » : cela consiste en un regroupement d’individus autour d’une séquence filmée visant à attiser la haine de la population contre les ennemis du parti ; les individus laissent éclater leur colère et leur haine provoquées par les images qui leur sont diffusées et intensifiées par le phénomène de groupe. C’est une sorte de « délire » et lorsque le phénomène atteint son paroxysme, au moment où le délire est le plus intense, le visage de « Big brother » apparaît, il se veut apaisant et rassurant, il semble être là pour restaurer la confiance des spectateurs. Ceci mène à l’aliénation car on comprend très rapidement que les individus sont emportés dans un courant maudit qui les contraint à penser ce que le Parti veut leur faire penser ; on peut dire que les individus sont manipulés par les dirigeants de ce Parti.

C’est dans ces circonstances que les êtres humains perdent de leur individualité ainsi que de leur conscience. Ils ne réfléchissent plus par eux-même et sont influencés par le Parti. Ici le progrès est un moyen d’aliénation car nous avons progressé et évolué dans la technologie mais la progression de la société a mené a l’aliénation et à la perte de personnalité.


Comme nous l’avons vu précédemment, l’anticipation technologique n’est pas aussi positive que cela puis paraître.  Nous verrons dans la seconde partie l’anticipation au sein de la société.

II. Penser la société de demain

L’anticipation est un terme qui est employé la plupart du temps pour désigner les pensées de la société de demain.

1. Le progrès comme l’eugénisme

L’eugénisme est un terme grec désignant « bien naître », réellement utilisé en 1883 par le britannique Francis Galton essentiellement déterminé afin de parler des méthodes et des pratiques visant à intervenir dans le genre humain afin d’aboutir à un idéal humain. Celui-ci est souvent confondu avec le spencérisme qui désigne une conception libérale de l’évolution des sociétés (ensemble de thèses du philosophe britannique évolutionniste Herbert Spencer 1820-1903).

Notre société actuelle est plus proche du «Meilleur des Mondes» que de «1984». En effet, Aldous Huxley a visé juste.

« Des individus conditionnés auraient l’illusion d’être libres et épanouis, mais seraient en réalité placés dans un système de soumission via une consommation et une distraction excessives »

L’essayiste Neil Postman remarquait déjà, dès 1984, que c’était peut-être Huxley, et non Orwell, qui avait le mieux réussi à anticiper le futur.

«Orwell prévient que nous serons bientôt submergés par une oppression imposée. Mais chez Huxley, il n’y pas besoin de Big Brother pour priver les gens de leur autonomie, et de leur maturité. De la façon dont il le voyait, les gens finiront par aimer d’eux-mêmes leur oppression et adorer les technologies qui annihilent leurs capacités à penser.» disait L’essayiste Neil Postman

Là où Orwell imaginait la censure, Huxley voyait lui des individus inondés de flux et victimes d’un désintérêt général pour l’information.

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Lettre tirée de « More letters of note » écrite par Aldous Huxley

Mais celui qui a le mieux réussi à résumer pourquoi Huxley avait bien anticipé le futur dans lequel nous pourrions vivre, sans pour autant le décrire parfaitement, c’est Huxley lui-même. Dans une lettre, envoyée après la publication de 1984, l’auteur du Meilleur des mondes expliquait son point de vue à George Orwell qui avait été brièvement son élève à Eton.

Nous avons trouvé la lettre originale écrite en anglais la voici, ci-dessous:

Transcript:

Wrightwood. Cal.
21 October, 1949

Dear Mr. Orwell,

It was very kind of you to tell your publishers to send me a copy of your book. It arrived as I was in the midst of a piece of work that required much reading and consulting of references; and since poor sight makes it necessary for me to ration my reading, I had to wait a long time before being able to embark on Nineteen Eighty-Four.

Agreeing with all that the critics have written of it, I need not tell you, yet once more, how fine and how profoundly important the book is. May I speak instead of the thing with which the book deals — the ultimate revolution? The first hints of a philosophy of the ultimate revolution — the revolution which lies beyond politics and economics, and which aims at total subversion of the individual’s psychology and physiology — are to be found in the Marquis de Sade, who regarded himself as the continuator, the consummator, of Robespierre and Babeuf. The philosophy of the ruling minority in Nineteen Eighty-Four is a sadism which has been carried to its logical conclusion by going beyond sex and denying it. Whether in actual fact the policy of the boot-on-the-face can go on indefinitely seems doubtful. My own belief is that the ruling oligarchy will find less arduous and wasteful ways of governing and of satisfying its lust for power, and these ways will resemble those which I described in Brave New World. I have had occasion recently to look into the history of animal magnetism and hypnotism, and have been greatly struck by the way in which, for a hundred and fifty years, the world has refused to take serious cognizance of the discoveries of Mesmer, Braid, Esdaile, and the rest.

Partly because of the prevailing materialism and partly because of prevailing respectability, nineteenth-century philosophers and men of science were not willing to investigate the odder facts of psychology for practical men, such as politicians, soldiers and policemen, to apply in the field of government. Thanks to the voluntary ignorance of our fathers, the advent of the ultimate revolution was delayed for five or six generations. Another lucky accident was Freud’s inability to hypnotize successfully and his consequent disparagement of hypnotism. This delayed the general application of hypnotism to psychiatry for at least forty years. But now psycho-analysis is being combined with hypnosis; and hypnosis has been made easy and indefinitely extensible through the use of barbiturates, which induce a hypnoid and suggestible state in even the most recalcitrant subjects.

Within the next generation I believe that the world’s rulers will discover that infant conditioning and narco-hypnosis are more efficient, as instruments of government, than clubs and prisons, and that the lust for power can be just as completely satisfied by suggesting people into loving their servitude as by flogging and kicking them into obedience. In other words, I feel that the nightmare of Nineteen Eighty-Four is destined to modulate into the nightmare of a world having more resemblance to that which I imagined in Brave New World. The change will be brought about as a result of a felt need for increased efficiency. Meanwhile, of course, there may be a large-scale biological and atomic war — in which case we shall have nightmares of other and scarcely imaginable kinds.

Thank you once again for the book.

Yours sincerely,

Aldous Huxley

 

2. L’Anticipation comme moyen de prévention

L’anticipation a souvent servi pour prévenir la société des dangers ou des bienfaits technologiques, politiques… La prévention a donc pour but de limiter certains risques en alertant sur certains facteurs de ces dangers. Dans notre cas, les auteurs se servent de l’anticipation pour avertir la société des risques à venir. Verne utilise la prévention dans le but d’avertir l’obsession technologique de son époque, Orwell ainsi qu’Huxley, l’utilisent plus à des fins politiques.

Dans le livre de Jules Verne, on peut voir qu’il utilise l’anticipation comme moyen de prévention: effectivement, Verne met en garde la société de l’abandon du français au profit de l’anglais et de l’intérêt de sa société pour les nouvelles technologies. Verne utilise aussi la prévention contre le profit: la société de Jules Verne voue un véritable culte au profit ; on pourrait par exemple  citer  une phrase tirée de son livre :

« Tout le monde s’enrichit, excepté l’esprit humain » (p. 178) qui résume à elle seule la société de Verne.     

Dans cette partie nous avons évoqué les problèmes d’une « future » société et les conséquences de celle-ci ; dans une troisième partie nous évoquerons la littérature comme outil de critique.

III. L’anticipation comme outil de critique


Une critique politique

L’anticipation est un moyen particulier pour critiquer et prévenir des dangers futurs, c’est le cas pour la politique ici. La politique est polysémique : parmi ses nombreux sens un seul va nous intéresser, la politique, dite également Politikè, la politique est le terme qui désigne la pratique du pouvoir. « 1984 » est notamment un exemple concret ainsi que « Le meilleur des mondes » qui traite cette vision également. Dans ces deux livres plus particulièrement nous avons la référence de monde totalitaire.

« 1984«  est un roman politique dirigé contre les régimes communistes naissants au début des années 50 : ici, Orwell dénonce une société totalitaire absolue et la réalisation la plus extrême qu’on puisse imaginer d’un gouvernement moderne. Le titre du roman indique qu’Orwell s’imagine sûrement que ce qu’il s’imagine pourrait malheureusement être une prédiction de l’avenir et qu’il voulait donc « ancrer » cette date dans l’histoire. Ici, la technique employée est symbole de la domination politique, notamment au service de la manipulation psychologique ; en plus de la manipulation psychologique, le Parti exerce un contrôle physique de la population : un simple tic facial peut provoquer une arrestation.

 Les individus effectuent tous un travail épuisant pour maintenir la population dans un état de fatigue extrême,

Image tirée du film « 1984 » de Michael Radford.

ce qui accroît leur niveau d’obéissance. La torture est également une pratique généralisée, signe que le corps appartient à l’Etat. L’histoire, de même, est contrôlée puisque le Parti réécrit les archives

Orwell fait dans ce roman la description d’un régime qui manipule l’histoire et la réécrit sans cesse. Il s’agit ici d’une société qui est en guerre permanente avec d’autres grands blocs géopolitiques pour des raisons économiques structurelles ; elle repose sur une société presque féodale, idéaliste, utopiste, divisée en clans, qui élimine toute opposition, qui manipule le réel jusque dans le langage et qui ose pratiquer la torture comme jamais mais ce n’est pas non plus une critique du capitalisme, c’est presque une éloge/apologie de celui-ci.  Au début du roman on peut penser à une société presque socialiste puis, lorsque les éléments s’accumulent, on comprend rapidement que nous sommes dans une société totalitaire voire communiste. Nous pouvons remarquer que Orwell, de façon consciente ou inconsciente, a représenté « Big Brother » d’une manière qui fait penser au visage de Staline de cette époque.

Winston est un personnage très intelligent qui comprend facilement le principe et le but du Parti mais comment s’y opposer et se rebeller face à tout ces télécrans ? La rébellion est en effet considérée comme une maladie dont il faut guérir ceux qui en souffrent en les faisant souffrir. Il y en a cependant un qui osera s’opposer, un juif ressemblant étrangement à Trotsky dans le film, et qui se fera attraper et qui sera haît publiquement chaque jour pendant « les deux minutes de la haine ».  Mais cet opposant reste très secret  : on ne décrit jamais son physique, on doute même de son existence. Peut être que le Parti l’aurait créé afin de « montrer le droit chemin » aux autres individus.

1984 est donc un roman dont la teneur philosophique est évidente : ses thèmes (subjectivité, politique, rapport public/privé, médias, …) sont traités de manière à faire réfléchir l’Américain de 1949 sur les dangers et les potentialités de régimes aux dérives totalitaires. Il s’agit d’un ouvrage résolument politique qui pourrait trouver sa place dans une bibliothèque aux côtés de Arendt, Popper et Klemperer.


S’il vivait encore de nos jours, Aldous Huxley constaterait sûrement ô combien son anticipation d’un “Meilleur des mondes” est aujourd’hui complètement dépassée.

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. » -Aldous Huxley

Un état totalitaire est un état où tout est contrôlé par le gouvernement. Quand Huxley a écrit son livre, c’était le cas de la Russie et l’on sent d’où vient son inspiration car le nom de certains personnages ressemble à celui de personnages historiques : Bernard Marx pour Karl Marx, créateur du matérialisme et grand révolutionnaire ou encore Lenina pour Lénine. Dans ce roman, tout est contrôlé par les administrateurs et rien ne se fait sans leur accord. Ils vérifient également chaque livre ou film, comme dans toute dictature.

Alors qu’aujourd’hui les personnes dites « dangereuses pour la société » sont mises en prison ou exécutées, dans le roman l’état a trouvé une méthode plus « douce ». Les personnes dérangeantes sont envoyées sur des îles où elles seraient alors « libres » mais coupées de relations, de nourriture… C’est le cas de Bernard qui, au fil du livre, est de plus en plus dangereux par son comportement individualiste qui ressemble à celui d’aujourd’hui. Lors de l’entretien entre Mustapha Menier, Bernard Marx et Helmholtz, on apprend que les administrateurs sont conscients de leur dictature et qu’ils préféreraient qu’il en soit autrement, mais la liberté est sacrifiée pour « le bien de la société ». Ainsi Huxley montre le machiavélisme (système politique de Machiavel, politique déloyale) pragmatique des dirigeants qui conduit à la pire des dictatures, celle qui asservit les peuples avec leur contentement comme consentement : un totalitarisme « doux ».18096[1].jpg

 

Une critique de la société

Dans Paris au XXème siècle, la société est critiquée et les personnages sont ironiques : ils représentent chacun un personnage type comme Michel qui a l’âme d’un artiste ou Stanislas qui représente parfaitement la société inventée par Verne. Comme dans 1984, le personnage principal est en rupture avec la société qui est considérée comme aliénée, dénaturée par le profit dans l’œuvre de Verne et celle d’Orwell. Cependant, à travers cette société « imaginée », Verne critique ouvertement sa société : il dénonce le progrès qui mène à l’aliénation puisque Verne écrit durant la période historique que l’on nommera Révolution industrielle, Verne pense que la société est trop basée sur le progrès et qu’elle mènera à notre perte : dans son livre, les machines remplacent certains métiers comme celui de juge, de policiers… Les machines en plus d’arrêter les criminels jugent et condamnent ces derniers. La société est également basée sur le profit et la plupart des professions concernent ce domaine. Tout les arts tournent d’ailleurs autour du progrès et de la technologie comme la littérature, la musique… A travers ces critiques d’une société entièrement inventée, Verne en profite pour critiquer des musiciens ou peintre de son époque, il critiquera par exemple les musiciens Verdi et Wagner.

Conclusion

Nous pouvons dire que les auteurs de la fin du XIXème et le début du XXème ont une vision très différente de l’avenir et ont différentes manières de concevoir ce futur. Verne utilisera une histoire pessimiste, il mettra un lien direct entre la technologie et le profit (véritable religion dans la société de Verne)  et s’en servira pour avertir ses lecteurs du dangers de l’avancée technologique. Orwell utilisera l’anticipation pour avertir ses lecteurs des dangers du bloc communiste et de l’ancien parti nazi (il prendra des exemples de ces partis pour son roman). Quant à Huxley, il utilisera l’anticipation pour avertir des dangers de l’avancée technologique et d’un monde de plus en plus surveillé et contrôlé par un parti politique très stricte.

Les auteurs d’anticipation que nous avons étudiés ont donc tous choisi ce genre littéraire pour dénoncer certains dangers ou problèmes de société, politique de leurs époques. Pour répondre à notre problématique, on peut donc dire que l’anticipation à sa place dans la littérature du monde entier. Nous pouvons aussi citer d’autres œuvres d’anticipation comme « Fahrenheit 451«  de Ray Bradbury ou « La planète des singes » de Pierre Boulle . Le genre de l’anticipation s’étend également au cinéma en effet le film « Avatar« ou encore « Les Temps modernes » de Charles Chaplin.

Nous avons étudié la littérature dans l’anticipation mais elle est également présente dans de nombreux autres types de d’œuvres tels que l’Art ou même la cinématographie. Nous avons l’exemple « Des voix ensevelies ». Nous avons écouté un document audio nous expliquant en quoi « la musique » était un Art d’anticipation…

Bibliographie

Livres :

Huxley, Aldous. Le meilleur des mondes. Pocket, 2004. 284 p.

Orwell, George. 1984. Gallimard, 2002. 439 p.

Verne, Jules. Paris au XXè siècle. Librairie Générale Française (LGF), 1996. 186 p.

Article de périodique :

Site internet :

http://www.fnb.to/FNB/Article/Bastion_76/Orwell%20Huxley.htm

http://www.slate.fr/story/97831/orwell-huxley-1984-meilleur-mondes

« Paris au XXe siècle » : le manuscrit dystopique (presque) perdu de Jules Verne

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paris_au_XXe_si%C3%A8cle

http://www.xulux.fr/societe/quand-1984-n%E2%80%99est-plus-un-roman-de-science-fiction

http://philo52.com/articles.php?lng=fr&pg=1053

Documents audios:

http://expositions.bnf.fr/voix/02.htm

Carnet de bord

Mardi 8 septembre : Première séance de TPE, réunion à l’amphi, formation des groupes et découverte des sujets.

Mardi 15 septembre : Nous choisissons les sujets les plus intéressants et éliminons les moins intéressants.

Mardi 22 septembre : Nous choisissons le sujet traitant de l’anticipation. Nous commençons à rassembler des documents sur ce sujet.

Mardi 29 septembre : Nous nous focalisons sur l’anticipation, nous commençons également à réfléchir sur une problématique.

Mardi 6 octobre : Choix de la problématique, nous commençons à réfléchir à un plan.

Mardi 13 octobre : Nous sélectionnons 3 livres d’anticipation avec l’aide de nos professeurs.

Mardi 3 novembre : Nous réfléchissons à un plan et nous faisons un résumé des livres.

Mardi 10 novembre : Etablissement d’un premier plan.

Mardi 17 novembre : Choix de l’ouverture d’un site pour rédiger nos TPE.

Mardi 24 novembre : Changement des parties et sous-parties.

Mardi 1 décembre : Séance annulée

Mardi 8 décembre : Nous commençons à rédiger

Mardi 15 décembre : Nous rédigeons dans les différentes parties et sous-parties.

Mardi 5 janvier : Nous rédigeons les différentes parties et sous-parties.

Mardi 12 janvier : Nous commençons la rédaction des synthèses personnelles et continuons à rédiger les différentes parties et sous-parties sur le site

Mardi 19 janvier : Nous continuons de rédiger les différentes parties et sous-partie.

Mardi 26 janvier : Séance annulée

Synthèses personelles

Synthèse personnelle de Alexandre LEDAIN, classe de 1LA:

Lors de la présentation des différents sujets de TPE, notre groupe s’est formé instinctivement puisque je connaissais Lara et Melody depuis la seconde. Nous nous sommes donc tournés vers le sujet intitulé :  «  Comprendre le présent, penser le futur ». Ce thème sortait de l’ordinaire et me semblait intéressant. Cependant ce sujet fut, à mon sens, assez difficile à traiter : en effet, ce thème est assez large et il fallait centrer nos recherches. Nous avons donc pris la décision de nous intéresser à 3 livres et je me suis personnellement occupé de l’ouvrage « Paris au XXème siècle » de Jules Verne. J’ai donc lu le livre et me suis intéressé à l’univers de Jules Verne que je ne connaissais absolument pas avant d’avoir lu ce livre. J’ai découvert un livre assez surprenant sortant de l’ordinaire et un Jules Verne loin de mon imagination : j’imaginais un homme rêveur, optimiste… mais je me suis rendu compte que dans ce roman, Jules Verne décrivait un monde pessimiste et rempli de vice. Ce sujet de TPE m’a permis de découvrir une littérature totalement différente de ce que j’ai l’habitude de lire, en effet il m’a fait découvrir le thème de l’anticipation, genre que je ne connaissais pas avant. Ce sujet m’a également permis de travailler en groupe, de réaliser un travail précis, de savoir trier les informations… Je pense que les TPE me sera utile dans l’avenir car ils m’ont permis de découvrir les ouvrages d’Orwell ou encore d’Huxley et sur lesquelles je n’aurez pas porter mon attention auparavant.


Synthèse personnelle de Lara LANDAIS 1ère littéraire A:

Tout d’abord, le choix du groupe à été très rapide, Alexandre, Mélody et moi-même nous connaissions depuis notre année de seconde et nous nous entendions très bien. Le choix du sujet fut un petit peu plus complexe mais nous avons trouvé un sujet sur lequel nous étions tous d’accord. Aucunes difficultés à travailler ensemble, très bonne cohésion au sein du groupe. Pour ce qui est de notre sujet qui est donc « L’Anticipation », je me suis sentie plutôt à l’aise même si nous avons prit quelques semaines avant de réellement trouver un plan et une problématique. Nous nous sommes distribué le travail de façon équitable, chacun de nous avait son propre roman à étudier seul, mais nous n’avons pas hésité à aider et à compléter les travaux des autres.

Pour conclure je dirais que ces travaux personnel encadrés ont pour ma part été quelque chose de bénéfique, cela à renforcer mon idée sur le fait que travailler en groupe est une bonne chose. Je me suis beaucoup plu au sein de mon groupe, nous avons travailler dans la bonne humeur, et su faire face au problèmes ensemble. Le sujet abordé m’a beaucoup plu, et le roman que j’ai lu aussi (1984 Georges ORWELL). Si c’était à refaire je choisirais les mêmes membres de mon groupe et le même sujet.


Synthèse personnelle de Mélody BOURDIN, classe de 1LB:

Les travaux personnel encadrés furent une nouvelle matière dans notre programme de première, bien évidement je ne connaissais pas à quoi elle correspondait également jusqu’au début du mois de septembre. Les professeurs de notre filière, on commencé à nous évoquer le sujet. C’est à donc à ce moment-ci que je me suis posée la réelle question: avec qui vais-je travailler? J’étais dans une classe où je ne connaissais pratiquement aucun élève, alors je me suis dirigée vers la classe de première littéraire A. Où j’ai retrouvé deux connaissances, Lara Landais et Alexandre Ledain qui cherchaient également des coéquipiers fiables. Ce fut une entente parfaite, nous étions parfaitement clair sur nos envies. Nous étions tous autant décidés les uns que les autres à réaliser un travail sérieux et complet dans les plus brèves délais. Par la suite les sujets nous ont été mis à la lumière du jour. Dans chacun de ces sujets nous devions regrouper l’histoire avec le français, ce qui nous parut pas tant compliqué que ça. Au tout premier abord, Lara et moi étions beaucoup plus destinées à choisir quelques chose de philosophique, tandis que Alexandre se voyait plus vers le sujet des lumières. Nous en avons discuté quelques temps, pour en conclure sur le thème 3 qui correspondait à « l’Aléatoire, l’insolite, le prévisible » et l’axe 3 « Comprendre le présent, penser le futur ». A partir de ceux-ci, nous étions dans les premiers temps un peu perdus, le sujet était pour dire très large, et nous devions nous plus particulièrement concentré sur une notion. Après quelques temps de réflexion ainsi que de recherche au CDI, nous nous sommes déterminés comme sujet principal « L’Anticipation ». Un thème qui me plu particulièrement, car se fut tout de même une notion importante à l’heure actuelle dans notre société. Cela m’intéressait d’autant plus, du faite que ce fut un thème beaucoup basé sur la pensée, des théories et autres. Dans la suite des actions, nous nous sommes focalisés sur trois écrivains précis, que nous nous sommes répartis. « Le meilleur des mondes » était le livre dont je devais m’occuper, je l’ai alors lu durant mon temps libre. J’ai rédigé tout ce que je pouvais en dire. Les temps suivant, j’ai fais des recherches afin d’affiner mes connaissances et mes écrits. Ce fut un livre très difficile à lire, qui était composé de techniques, cela ne racontait pas le style d’histoire qui me passionne habituellement. J’ai tout de même apprécié ses recherches et découvert de nouvelles choses à propos de ce fameux sujet: l’Anticipation. Nous avons été très organisés, lors de nos séances, nous avions un travail très répartis à effectuer. Nous nous écoutions, et nous nous donnions des conseils, afin que chacun puisse évoluer en même temps que les autres. Tout durant cette période nous avons été très solidaire entre nous et particulièrement efficace dans nos travaux. Ces séances du mardi après-midi m’ont permis d’enrichir mes connaissances littéraires mais également historiques, ce qui m’est très important dans la filière où je suis. D’autant plus que la cohésion du groupe s’est très bien déroulée. Une expérience que je referais sans hésitation, avec ces mêmes personnes.

 

 

Remerciements

Nous tenions tout d’abord à remercier nos professeurs de français et d’histoire qui nous ont été d’une grande aide pour notre sujet de TPE. Nous remercions également Mme Juillet, notre professeur documentaliste pour son aide.